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Probabilite du hasard au casino Print
Written by Poker Backgammon ligne   
Le hasard est aveugle», la maxime est célèbre. Elle n’a jamais été démentie par les mathématiciens probabilistes qui travaillent depuis des lustres – parfois avec masochisme – sur ce hasard imprévisible. -C’est cette incertitude constante du hasard qui fait tout l’intérêt (mais aussi toute la difficulté) des jeux basés sur l’aléatoire comme le sont les jeux de hasard et d’argent contemporains (loto, kéno, machines à sous, roulette....jeux de grattage de la Française des Jeux) -Par JP G. Martignoni-Hutin, sociologue
Chacun en conviendra, un jeu de «hasard» ou l’on pourrait prévoir peu ou prou le résultat n’aura plus aucun intérêt. Un jeu d’argent, ou le hasard serait plus ou moins organisé, biseauterait les cartes.

Tous les joueurs le savent, et acceptent de se confronter à ce hasard capricieux chaque fois qu’ils entrent dans le jeu (in ludo). Ils prennent le plus souvent des coups (hasard malheureux), mais s’ils persévèrent, s’ils ont l’illusio, c’est parce qu’ils savent qu’ils ne seront pas forcément des loosers (des perdants) car «le prochain coup peut être le bon». Chaque joueur est à égalité devant le hasard, qui peut les transformer en winners (gagnants). En ce sens le hasard est relativement «réglo» et donc prometteur. «Il ne trahit jamais son homme» en quelque sorte.

Car ironie des logiques ludiques et des logiques mathématiques, ce hasard énigmatique rejoint (parfois assez vite dans le cas des chances simples – rouge et noir à la Boule ou à la Roulette -, ou binaires dans le cas du pile ou face) les règles de probabilité établies par les mathématiciens.

En ce sens les mathématiciens probabilistes – ainsi que les psychologues cognitivistes spécialisés sur le jeu compulsif – auraient tort de se moquer des joueurs. Le joueur ne croit pas mordicus «aux lois du hasard». Il sait très bien que le hasard est imprévisible, il le constate à chaque partie, à chaque coup, à chaque tirage. Mais le joueur doit jouer. Il ne peut prédire «l’avenir du hasard», qui se cristallise dans chaque jeu, mais il peut travailler sur son présent et sur son passé: faire des calculs, étudier des tendances, des régularités. Mais souvent le joueur, pour désarçonner le hasard, se présente «nu» devant lui. C’est à dire qu’il joue totalement au hasard, pour mieux l’affronter et parce qu’il sait - comme nous l’avons vu précédemment – que le hasard est aveugle.

Mais il y a une condition sine qua non pour que le joueur puisse effectuer ce travail ludique et/ou puisse affronter le hasard de manière équitable: il faut qu’il soit aléatoire.

Qu’est ce que cela signifie pour les jeux de grattage commercialisés par la FDJ? Que tous les gains qui figurent sur les cartes à gratter soient distribués de manière totalement aléatoire. Et le joueur est en droit d’exiger que ce sacro saint principe soit strictement respecté.

Car bien entendu c’est là ou se situe «l’astuce? la tricherie? marketing» de la Française Des Jeux, dévoilée par l’affaire Riblet. Au lieu de laisser «travailler le hasard» d’une manière «aveugle» et «naturelle», elle l’organise afin (dit-elle) de «fidéliser» sa clientèle. En réalité cet hypocrite concept marketing détourné signifie que la FDJ :

- cherche à calmer le jobard - oblige objectivement le joueur a rejouer
- fait en sorte que le joueur (sauf s’il tombe sur un gros gain) ne soit jamais réellement gagnant et ne puisse jamais «sortir» du jeu.

Plus globalement la «combine» imaginée par les stratèges de la Française des jeux vise:

- à homogénéiser et à contrôler la distribution des gains petits et moyens sur tout le territoire
- à dynamiser son réseau.

Mais en agissant de la sorte, l’opérateur ludique historique modifie de manière radicale la règle sacrée des jeux de hasard, qui doivent bien entendu uniquement être soumis au principe du tirage aléatoire (dans le cas des loteries: loto, kéno, euromillions...) et au principe de la distribution totalement aléatoire des gains (dans le cas des cartes à gratter).

C’est pour cette raison que la FDJ a inventé ce concept fumeux «d’aléatoire prépondérant «(qu’elle a ensuite légalisé par décret en catimini en 2002). Elle savait très bien qu’en traficotant avec précision la distribution des gains des cartes à gratter, elle violait radicalement les règles intangibles et ancestrales qui définissent le caractère aléatoire du hasard.

Chacun en conviendra, à partir du moment ou le hasard produit dans ou pour l’exercice d’un jeu n’est plus totalement aléatoire , ce n’est plus du hasard.

Les rares informations données par la FDJ dans l’affaire Riblet confirment son intention «de combattre le caractère aveugle du hasard pour des raisons marketing» en mettant en place (avec la «complicité» des imprimeurs) ce hasard prépondérant en 2002.

Et nous allons constater que les explications embarrassées données par la direction marketing de la FDJ sont pour le moins surprenantes.

J-M Buresi (directeur du marketing de la FDJ) précise en effet dans le quotidien 20 minutes du 3 février 2006:

«personne dans la chaîne de distribution ne peut dire ou sont les tickets gagnants. Mais on fixe des règles pour éviter des aberrations , comme : aucun ticket gagnant dans une bande ou tous les tickets gagnants dans une autre. Notre cahier des charges prévoit donc la présence d’un minimum de tickets gagnants dans une bande «La messe est dite, les masques tombent. Tout est dans cette phrase. Car bien entendu le hasard ne saurait être «aberrant». Il est aveugle, imprévisible et incontrôlable ou devrait l’être si la direction marketing de la FDJ ne le trouvait pas «aberrant» pour des raisons marketing et commerciales. Ironie de l’histoire, la FDJ a la, un raisonnement de joueur. Elle n’a pas le raisonnement d’un producteur de jeu impartial. Elle trouve le hasard aberrant, elle cherche à le contrôler peu ou prou. A partir de là, le jeu est faussé, les dés sont pipés. En organisant avec précision - et de manière micro chirurgicale - la distribution des gains dans les cartes à gratter (sur chaque bande de 150 euros de valeurs !) la FDL viole radicalement le caractère aléatoire des jeux de grattage.

Au delà de l’imbroglio actuel de l’affaire Riblet, de sa juridicisation, des censures et auto censures médiatiques, (qui semblent savamment orchestrées) le sujet est grave .

Deux milliards de cartes à gratter ont été vendues en 2005. Chaque jour, plusieurs millions de français achètent ces petits cartons colorés diaboliques, mais pleins d’espérance. Ils continueront à les acheter, ils sont très fidèles à la FDJ qui en outre est en situation de monopole! Mais ils doivent être informés de cette affaire et avoir la garantie absolue que c’est le hasard qui préside la distribution des gains dans les «gratteux».

On dit parfois que «le hasard symbolise la main de Dieu». S’il s’averrait que la FDJ a «fait joujou avec le hasard» pour ses cartes à gratter, cela signifierait qu’elle a ouvert le tabernacle ludique. «Fortuna» – la célèbre déesse latine qui symbolise le hasard aveugle – a toujours eu les yeux bandés. Il convient de lui redonner toute sa cécité.

L’ «Etat croupier» (actionnaire à 72% de la FDJ) - bien qu’en conflit d’intérêt dans cette affaire - est garant de la sincérité des jeux. Il doit intervenir, quelque soit le verdict qui sera rendu par le TGI de Nanterre dans l’affaire Riblet le 27 février 2006, car il a le sens de l’intérêt général.

Plus globalement n’est-il pas grand temps que les pouvoirs publics se dote d’une «autorité de régulation du gambling» et «d’un organisme de recherche indépendant» spécialisés sur les jeux de hasard et d’argent. (casinos, loteries, paris hippiques, internet ludique)? Il aura ainsi tous les éléments d’information, de contrôle et d’intervention qui lui permettront de mener « une politique des jeux responsable» cohérente, concertée et respectueuses des joueurs.

La Politique Des Jeux de la France ne saurait se réduire durablement à une simple politique marketing décidée par les opérateurs de jeux, ou à une politique des «petits arrangements». «Petits arrangements avec le hasard» dans le cas de l’affaire des jeux de grattage, petits arrangements avec les casinotiers, dans le cas du très ambiguë «Protocole pour la promotion du jeu responsable» signé dernièrement par les casinos français.

JP G . Martignoni-Hutin, sociologue université Lyon 2, GRS
Lyon (France)
http://www.casino-evian.org/

Last Updated ( Tuesday, 30 May 2006 )
 
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